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Press review and rewards
a nice article from the German magazine Essen und Trinken
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Issued in may 2005 (in German and translation in French)
 
 

Site Internet : www.essen-und-trinken.de

Rosé royal en direct du trublion

Tavel est le nom d’une appellation des Côtes du Rhône, qui par le passé, produisait un Rosé renommé. Aujourd’hui ce Rosé est largement tombé dans l’oubli, mais les vins riches de l’outsider Christophe Delorme pourraient changer la donne.

Il est vain, à Tavel de vouloir monter sur un trottoir. D’une part, parce qu’il n’en existe pas, et d’autre part parce que personne n’en a l’utilité, car les 1600 habitants de Tavel se garent à droite et à gauche de l’unique rue principale balayée depuis des semaines par un Mistral de 60 80km/h. A l’entrée du village se dresse dans le ciel une enseigne lumineuse dont l’envergure conviendrait mieux à la périphérie de Paris qu’à un plateau calcaire situé à 15 kilomètres d’Avignon. A croire que ce gigantesque « Tavel, 1er Rosé de France » sert de mise en garde pour les 32 vignerons de toujours se montrer digne de la gloire du Tavel « Roi des rosés ».

Tavel désigne le nom du village, le vin ainsi que la zone de culture de l’AOC sur le Rhône, uniquement destinée au Rosé. Il y a 700 ans cette puissante et exceptionnelle contrée de Tavel obtenait, des Papes d’Avignon, presque les mêmes faveurs, que son voisin Châteauneuf-du-Pape, plus renommé grâce à son vin Rouge.

Le calme apparent à Tavel est trompeur. Il y rode le vieux, royal et ecclésiastique Rosé qui justement a mis à la tête de l’appellation un jeune trublion et qui par-dessus le marché l’a poussé à mettre en lumière des qualités jusqu’à lors inconnues de l’appellation voisine Lirac. Il s’agit de Christophe Delorme, 42 ans, du Domaine de la Mordorée, dont le style vestimentaire dans le lointain Tavel est aussi dérangeant que sa conduite de vigne. Sous une chemise en flanelle à carreaux orange et brune il porte un t-shirt vert avec un foulard bleu bariolé, par-dessus un pull-over noir, ainsi qu’un jean et une paire de basket faisant de lui un mélange de star de cinéma et d’ingénu. Il considère la culture biologique pour de l’imposture car les traitements mis en œuvre contiennent du cuivre que le sol ne peut éliminer. Ce qui le dérange dans la biodynamie c’est le coté irrationnel, voilà pourquoi il s’est décidé de se concentrer et de s’investir entièrement pour son exploitation dans ‘une agriculture raisonnée’.
 

Credit photo : essen & trinken
 

J’envie un peu les deux chiens de chasse des Delorme, car ils sont bien à l’abri du Mistral sur les sièges de la Jeep, alors que moi je suis à deux doigts de perdre mes oreilles bien que le thermomètre indique cinq degré Celsius. « Avec un vent de cette force tu ressens une température inférieure de dix degrés par rapport à la température réelle », m’explique Christophe. « Imagine toi que Tavel était une mer chaude avec une immense barrière de corail qui a donné naissance à ces butes de chaux. D’ailleurs sans Mistral il n’y aurait pas de Châteauneuf-du-Pape. »
C’est là que nous allons nous rendre sur le site de la Crau ou il pousse un Grenache vieux comme le monde, dont la peau fine et sensible est asséchée par le Mistral ainsi les moisissures ne peuvent se former. Delorme adore Châteauneuf-du-Pape. « Je me sens ici comme à la maison. A Tavel il y a une telle jalousie, que je suis tenté quelquefois de m’exiler avec dans mes bagages mes terres et le Mistral. Lorsque je me suis marié pour la seconde fois ils m’ont attribué huit épouses. A Châteauneuf-du-Pape par contre même les anciens vignerons sont accueillants et ouverts, ce sont des gens extraordinaires. » Il court le long d’un rang de vigne, me montre comment l’humus se développe à partir des déchets de lavande. Puis il se penche au-dessus d’une capsule en plastique sur un pied de vigne : « Il s’agit de la confusion sexuelle » voilà pourquoi le ver de la grappe ne dépose plus ses œufs ici. La capsule qui se décompose, diffuse des phéromones femelles piégeant ainsi les mâles, les femelles elles décèdent de désespoir. C’est simple et ne coûte que 4 ou 5 fois le prix d’un traitement chimique ». Delorme ne parle pas de la note de 100 sur 100 que lui a attribué le pape du vin Américain Robert Parker pour son Châteauneuf-du-Pape cuvée Reine des Bois millésime 2001. Mais il se réjouit que maître Parker ait retenu le Domaine de la Mordorée dans son classement des 200 meilleurs domaines viticoles du monde « Je sais que la mode est actuellement pour des vins moins concentré. Mais j’adore les vins concentrés, j’aime les mâchouiller. J’ai été beaucoup critiqué à Tavel, car mes vins sont exceptionnellement parfumés. Un jour la moutarde m’est montée au nez ‘Votre terre est morte, voilà pourquoi mes vins sont plus parfumés’ ». Depuis, la nouvelle génération de vignerons marche sur ses traces et suit ses conseils « Tavel devient raisonnable ». Il espère un durcissement des règles des AOC, l’interdiction des vendanges mécanisées et de tout traitement chimique. Sur le chemin du retour il s’extasie devant une mauvaise herbe locale, qui, pour la vigne, pousse et fleurit au moment idéal, nous montre les couveuses pour son armée qui dévore les parasites et nous définit la composition géologique de la vallée du Rhône sud. En 1986, lors de sa première récolte, il lui fallait encore contacter son oncle au téléphone pour savoir que faire avec le raisin une fois en cave. Après des études dans le domaine économique il a intégré l’usine de son père. Les Delorme fabriquaient des protections High-tech pour l’industrie chimique, jusqu’au jour ou son père, à 47 ans, se sentant épuisé, a décidé de vendre son usine et d’investir dans les terres viticoles familiales.
A présent c’est Christophe qui vinifie les vins. Son Lirac Rouge 2003 Reine des Bois présente une telle concentration et finesse comme aucun autre dans l’appellation, jeune ce vin est comparable à un Châteauneuf-du-Pape. (D’ailleurs nous en avons réservé une petite quotité supplémentaire pour nos clients inconditionnels). A la question s’il travaille en collaboration avec un œnologue, nous avons failli commettre un faux-pas. « Ca semble peut-être idiot, mais je sens la terre. Je sais ce dont elle a besoin et ce qui est faisable, car je suis en contact avec elle. On ne va peut-être pas le croire, mais dans mes Vins il y a plus de travail que de talent. »

2004 Tavel
Cette cuvée est élaborée à partir de 6 cépages différents où domine le Grenache. Un vin noble, plein et long en bouche, fruité. Un nez de fleurs, de framboise, de pêche, idéal pour accompagner une bouillabaisse et d’après Delorme incontournable lors d’un barbecue.

2004 Côtes du Rhône, Rosé
Plus complexe et fruité que le Tavel, plein et avec une grande persistance aromatique. Grenache et Syrah se prennent la part du lion parmi les cinq cépages qui le composent. Le vigneron nous le conseille pour accompagner des plats à base de tomates, lui-même le boit avec des sushis. Ce Rosé s’impose même avec un agneau aux herbes de Provence.

2003 Lirac Rouge, La Dame Rousse
Magnifique avec sa robe d’un rouge rubis profond, ce ‘petit’ Lirac à part égale de Grenache et Syrah nous dévoile le penchant de Delorme pour des vins concentrés et aromatiques. Le complexe panel aromatique avec le sucre des fruits rouges, porte des tanins légers ainsi qu’une fine acidité. Ce vin est parfait sur des viandes rouge en sauce, des grillades, du petit gibier ainsi que sur des fromages affinés.

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